Tant à dire et cependant sans savoir par où commencer... Je commencerai par mon état d'esprit et ce qui m'est passé par la tête pendant ces 6 semaines. J'ai passé près d'un an à programmer ce départ pour l'Australie, un vrai projet, et des objectifs plus que dépassés, une vraie réussite jusqu'à maintenant, et encore tant de choses à faire. Une année, motivé plein d'envie et d'investissement en vue de ce voyage. Je suis aujourd'hui partagé entre l'énorme envie de vous revoir tous, et la peur du retour, car je n'ai pas consacré une minute, une seconde à programmer ce retour. Rien de positif ne m'attend dans une vie quotidienne dans ce beau pays qu'est la France. Pas de projets ici, rien d'aussi motivant que ce qui m'a motivé à partir.
Concernant le trip, ce fut un trip d'exception. Le skipper, Bert, un Allemand expatrié depuis 1969, que j'ai surnomé papi Bert. Useless sur le bateau, dans sa cabine toute la journée a chipotter pour des détails, super lent, bref, mentalité de vieux sur tous les points... tout ce qu'il pouvait dire me passait par dessus la tête. Il avait aussi ce que j'ai qualifiée du syndrôme de l'expatrié, qui essaye de camouffler ses origines en enrobant son vocabulaires d'expressions typiquement australiennes...excessivement. C'est ainsi que les mots parasites dominent ses phrases à 90%: "bloody hell, the bloody boat is bloody good, fuckin hell", "fuckin hell, what did you boody do ? bloody hell !" et j'en passe. Ses Bloody et bloody hell, et fuckin hell se comptent par milliers par jour (stressant). Je l'ai donc rapidement renomé : Bloody Bert. And i was bloody right fuckin doing this ! O bloody yes ! lol
Yuri, un Australien d'origine Irlandaise, Toby, backpacker allemand, et Darel, un Kiwi élevé en GB et sévissant en Australie depuis quelques années (je serai son deck hand), mes collègues de travail.
La grande différence par rapport au premier trip a été le rythme de travail car j'ai pu dormir plus. Le skipper et le rythme impossé par Yuri était un rythme sensé, loin des pratiques de mon ex connard de skipper (allias Peter). Partis pour 4 à 5 semaines, deal de départ, le skipper annonce ensuite que son but est de rentrer dès lors que l'on serait full de chez full... d'où l'extension à 6 semaines.
On a choppé des bestiolles dans les fillets encore plus grosses que lors du premier trip, seuls les crocodilles dans la moyenne étaient plus petits, mais cependant toujours pleins de vermines. Des fillets pleins de requins de toutes les tailles, et quelques fois des prises d'exception où on était à deux pas de se chier dessus (et ce n'est pas qu'une façon de parler). Par exemple quand, en remontant le fillet on a senti quelque chose de gros, on a apperçu une grosse tache blanche avant de s'appercevoir qu'on allait galérer. Oh shit ! (Bert style: "fuckin hell! Bloody tiger shark!". Et oui, un requin tigre plus long que le dinggi, tête large de 50 à 60cm et des yeux aussi grands que des boules de snooker. Dans ce cas, impossible de remonter le requin dans le bateau, et pourtant obligation de sortir le monstre de là. Un peu plus d'une heure à lutter pour le sortir de là, le bateau (pas adapté à ce style de pêche) balançant dans tous les sens, on a pu soufler quand lui s'est fatigué. J'ai pu caresser la bette epuisée sur la tete (les caresses ont plutot été rugueuses car je lui ai plutot gratté la tete), et l'observer fermer les yeux. Nous avons gagné sur ce coup là, et partons soulagés d'avoir libéré cet animal en le laissant vivant. C'est un moment privilégié quand on peut se retrouver face à face avec un tel monstre, roi des mers et plus dangereux que le grand requin blanc.Quelques secondes de calme à observer avec respect un "big fellow" qui en a fait baver.
Quelques jours plus tard, c'était le tour d'un requin scie dont nous avons estimé la longueur à près de 9m de long, le corps plus large que le dinggi. Vous pourrez voir en photo la scie ramenée comme un trophée car sur ce coup là, adrenaline au rendez-vous, on était à 2 doigts de retourner le dinggi. La scie de la bette, fraichement prise dans le fillet, balayait le bateau dans toute sa longueur avec moi couché dans le tiny (petit dinggi) faisant contre-poids pour tenter de plaquer la scie contre les bords du bateau ... pendant que Darel tentait de couper la scie avec un pauvre couteau utiliser pour filleter les saumons ... le dinggie a volé dans tous les sens et c'est fou de quoi on est capables quand on est à deux doigts d'une catastrophe. On s'est surpassés car sur ce coup là, c'était lui où nous. Quelques crocodiles également, simplement deux gros, puis quelques petits d'un état de morts à quasiment KO. Les photos prises font plus dans le sensationnel que dans l'informatif car vous ne verrez qu'une partie des poissons pris dans les fillets. Si l'aventure est au rendez-vous, il y a bien des raisons de ne pas être fiers de cette pêche. Tants d'animaux tués dans ces fillets, tant de poissons que nous ne garderons pas, tant de requins scies libérés vivants ... en coupant leur scie et les privant ainsi de leur outil de chasse, les condamnant pour sur à une mort prochaine... tant de requins tués. Bert s'amusait à tirer sur les crocodiles avec son fusil de chasse (illégal). J'ai gueullé en lui disant qu'on tuait assez de crocodilles comme ça dans les fillets pour ne pas avoir à les tirer en plus au fusil (papi les manquait de toute maniere), et que de toute manière ils faisaient moins de dégats sur nos poissons que n'en faisaient les requins. Content qu'il arrive à court de cartouches.
Darel était mon deck boss, et un pauvre allumé, grincheux, et sans expérience quant à ce type de pêche. Ce jour où il installe un fillet en l'attachant à un arbre a marée basse, je lui demande quand nous irons remonter les fillets, et lui précise que ce sera marée haute... il insiste toujours pour allacher le fillet à la base de l'arbre. Bingo ! le lendemain, marée haute, nous devons quiter le spot car il est moins productif, et nous sommes pressés par le timing (marée...bancs de sable pour le bateau usine..) et il faut pas abimer le fillet. Et voila que par sa faute, c'est le deck hand qui se retrouve en train de retirer son équipement pour plonger à l'eau, remontant le fillet dans l'eau trouble à la recherche du noeud à détacher. Quasi impossible compte tenu des parametres: noeud à 2m de fond, visibilité 0, stress dû à la proximité des vermines (heureusement les crocos ne se nourissent pas dans l'eau, mais les requins remontent plutot haut dans les bras de mer, et on sait ce qu'on remonte et ce qu'on a remonté dans le meme fillet quelques jours avant), et malgré tout besoin de retenir son souffle assez longtemps pour défaire un noeud MOUILLE et ayant ete sounis a une tension durant 7heures. FUCK IT ! J'ai fini par y aller au couteau et coupé au plus près du noeud.
Tant de choses à dire, j'en oublierai certainement, je pourais en parler pendant des heures et des heures. La fin du trip a été moins heureuse. Retour aux galères.
Pendant ces 6 semaines on en a chié, mais on s'était promis de se feter ça en bon marins, sur le bateau le soir du retour, apres le déchargement. Nous avons commencé à boire quelques bières, puis je me suis rendu compte qu'on n'avais pas mangé a midi, et qu'on était sur le point de louper le repas du soir. Pas question de boire sans manger et cependant, hors de question de conduire en ayant bu. Darel prend le volant de la voiture et nous emmene au restau. Arrivé sur la marina, il trace au toilettes et nous allons commander avec toby ... toujours pas de traces de Darel. Le repas fini nous le cherchons partout, pas de trace de lui. Nous nous rendons à la voiture pour l'attendre: plus de voiture ! le fils de pute avait gardé les clefs. Parti toute la nuit avec ma voiture je ne sais où, je retrouverai la voiture le lendemain matin, ramenée par le fils de mon ancien patron, avec une aborigène endormie à l'arrière de la voiture. Voiture récupérée, sorti de ces soucis, souhaitant enfin me reposer, et reprendre pied avec le présent ... non ce n'est pas fini ... impossible de trouver ma sacoche avec mes papiers (passeport et permis de conduire international). Perdus :) encore une galère pour changer, déclaration à la police: "ce n'est pas un vol monsieur car vous avez recupéré votre voiture "enculés de flics, vous m'étonnez que les gens se fassent justice eux memes dans l'évidence d'une culpabilité". Retour au calme ces derniers jours, je reprend pied. Vous trouverez ici quelques photos pour un premier jet, sachant que la connexion internet est plutot lente dans ce cyber café. Bisous à tous, a très bientot ;)
P.S. : la plupart des autres photos sont toujours dans mon appareil photo et je suis désolé de vous apprendre que se sont certainement les meilleures qui restent à venir (scie du grand requin scie, poisson ballon, et j'en passe ...) ces photos viendront prochainement car j'ai pas encore fini de reprendre mes marques, je souhaite me poser un peu avant de passer des heures sur internet (j'ai déjà passé la matinée entière pour la page que vous avez lue et le post de ces quelques photos)